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Les Plus Beaux Contes de Grèce II

(French)

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Deux tomes, douze contes, soigneusement choisis parmi le trésor de la tradition grecque, des pages qui font vivre nymphes, sorcières, dragons, animaux fabuleux, à travers quantités d’aventures pleines d’ héroïsmes, d’ amours et de faiblesses humaines. Ces histoires fantastiques qui se déroulent sur toile de fond méditerranéenne, ont pour décor la terre de Grèce, sa lumière, ses arômes, ses accents riches et variés. Elles sont arrivées jusqu’ à nous par la voix du récit et charment encore les oreilles des petits et des grands comme à l’ époque où elles mettaient du merveilleux lors des longues soirées d’ hiver et des veillées étoilées des douces nuits d’ été. A la fin de chaque tome se trouve incorporé un conte poétique, deux exemples caractéristiques de la poésie populaire grecque. Le texte de ces ouvrages est enrichi des talentueuses illustrations à l’ encre de Chine de Photini Stéphanidi.

Les Plus Beaux Contes de Grèce II

 

Retold by Menelaos Stephanides
Illustrated by Fotini Stefanidi
Translation: Armelle Vigy
192 pages, paperback, pocket size 16,5 x 11,5 cm

Ages: 12 and up

ISBN-10: 9604250949, ISBN-13: 9789604250943

 

TROIS BONS CONSEILS

 

Il était une fois un homme appelé Andonis qui vivait dans un petit village avec sa femme et son fils, un petit garçon d’une dizaine d’années. Leur dénuement était tel qu’il décida d’aller chercher du travail ailleurs.

 

– C’est pas une vie, femme ! Je pars pour la ville. Quand j’aurai gagné assez d’argent, je reviendrai et nous pourrons vivre décemment.

– Va, mon homme, mais ne nous oublie pas.

 

Le lendemain matin, il partit le balluchon sur l’épaule. La mère et le fils, le cœur serré, lui firent adieu jusqu’à ce qu’il s’éloigne et disparaisse complètement.

 

Andonis se rendit en ville mais ne trouva pas de travail. Après maintes et maintes suppliques de part et d’autre, il finit par être pris comme domestique chez un noble seigneur, aussi avare que sordide.

 

– Je te paierai quand tu partiras. Comme ça tu ne dépenseras rien, lui annonça le méchant homme, et le pauvre malheureux fut contraint d’accepter. Payé ou pas, Andonis avait de l’amour-propre et il fit du bon travail. Il patienta dix longues années avant de réclamer son dû pour rentrer chez lui. Le riche seigneur se mit à réfléchir aux gages qu’il lui verserait : « cent écus, c’est beaucoup trop. Cinquante, c’est encore trop. Vingt écus ? Tout compte fait, il n’a pas fait grand chose. Allez, disons dix. » Finalement, il sortit cinq écus et lui en donna trois.

 

– Si peu !

 

– C’est le prix de ton travail. Si tu veux plus, reste encore dix ans et tu auras trois autres écus.

 

Trois malheureux écus pour dix longues années de labeur ? Non, Andonis ramassa son maigre butin et préféra partir. Sur la route, il rencontra un vieil homme aux cheveux tout blanchis par l’âge :

 

– Si tu me donnes un écu, je te donnerai en échange un bon conseil.

 

Andonis réfléchit deux minutes au marché qui lui était proposé. « Avec mes trois écus, je suis un pauvre homme. Avec deux, je serai toujours le même pauvre homme. » Et il tendit une pièce au vieillard.

« Mêle-toi de ce qui te regarde. »

C’est mon premier conseil. Maintenant, si tu en veux un second, meilleur encore, donne-moi un autre écu.

 

« Avec mes deux écus, je suis un pauvre homme. Avec un, je serai toujours le même pauvre homme. » Et il tendit une autre pièce au vieillard.

« Ne t’écarte jamais de ton chemin. »

C’est mon second conseil. Maintenant, si tu en veux un troisième plus précieux encore, donne-moi un autre écu.

 

« Un écu ou rien, je suis toujours le même pauvre homme. » Et Andonis tendit sa dernière pièce au vieillard.

« Oublie ta colère du soir jusqu’au matin. »

C’est mon dernier conseil.

 

« Ai-je bien fait ? » Se demandait encore Andonis en poursuivant sa route. « Oh ! Après tout ! Pauvre avec trois écus ou pauvre tout court, ça ne change rien. » Quelques lieues plus tard, il croisa un oriental, un géant de trois mètres de haut, occupé à une étrange besogne : il collait des pièces d’or sur les feuilles d’un citronnier. Pour le moins surpris, Andonis s’arrêta, prêt à lui demander ce qu’il faisait quand il repensa au premier conseil du vieillard :

« Mêle-toi de ce qui te regarde. »

Il se contenta alors de saluer l’oriental et passa son chemin.

 

– Hé ! Où vas-tu ? l’interpella le géant. Viens donc ici cueillir des pièces d’or. Sais-tu pourquoi je t’y invite avec plaisir ? Et bien je vais te le dire. Voici un siècle que je colle des pièces d’or sur les feuilles de cet arbre et de tout ce temps, pas un seul homme qui ne demande avec insistance pourquoi je fais ce travail. Ecoute ce qui est arrivé au dernier passant en date, un gringalet pas plus haut que ça, trop curieux de savoir ce que j’étais en train de faire.

 

– Qu’est-ce que tu as dit ? lui dis-je.

– Pourquoi colles-tu des pièces d’or sur les feuilles ?

 

– Je n’entends rien. Parle-moi dans l’autre oreille.

 

– Pourquoi colles-tu des pièces d’or sur les feuilles ?

 

– Je n’entends toujours pas, parle plus fort, lui dis-je, histoire de m’amuser un peu. Il s’égosillait à me répéter la même chose.

 

– Plus fort !

 

Alors il se met à brailler, à hurler, je crie aussi, je m’énerve et je lui en décoche une avec cette grosse main qui lui fait voir trente six chandelles et le laisse sourd d’une oreille. Dans la foulée, je lui en décoche une deuxième de l’autre côté et voilà mon homme sourd comme un pot. Il a décampé sans redemander pourquoi je collais des pièces d’or sur les feuilles. Bref, en un mot, tous ceux qui passent par là sont à peu près sûrs de repartir bancals, borgnes, sourds ou complètement dérangés. De toutes ces années, tu es le seul à avoir su t’arrêter pour dire un simple bonjour et poursuivre ton chemin sans poser de questions. Prends, maintenant, autant de pièces d’or qu’il te plaira car tu le mérites.

 

Fou de joie, Andonis cueillit tout ce que ses poches pouvaient contenir puis il remercia son bon génie et prit congé.

« Finalement j’ai bien fait de donner un écu contre un conseil. Imagine. Tu arrives entier et tu repars avec une jambe, une oreille, un œil ou la raison en moins et moi qui suis arrivé pauvre, je repars richissime. » Le cœur léger, il avançait d’un bon pas quand il rattrapa d’autres voyageurs qui allaient dans la même direction que lui. Ils firent connaissance et route ensemble lorsqu’ils aperçurent une pancarte, plantée au détour d’un chemin. Elle indiquait, l’existence d’une taverne, à quelque distance de là.

 

– Allons boire un coup ! Proposa l’un d’entre eux.

 

– Allons-y ! Reprirent-ils tous ensemble.

 

Andonis, sur le point de s’unir aux autres, retint son élan au souvenir du second conseil qu’il avait reçu du vieillard.

« Ne t’écarte jamais de ton chemin. »

Moi je reste ici à vous attendre, leur dit-il en s’asseyant au pied d’un arbre où, harassé de fatigue, il s’endormit profondément. Soudain tiré de son sommeil par des cris incohérents, il vit une espèce de fou furieux venir s’écrouler auprès de lui.

 

– Une vraie calamité ! geignait l’homme.

 

– Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

– Tu n’as rien vu ? Rien entendu ?

– Puisque je dormais ! Tu viens de me réveiller !

 

– Ecoute voir comment le malheur est arrivé. Je vais pour fermer ma taverne et rentrer chez moi quand se présentent des inconnus ; y’en a beaucoup par ici. Seigneur ! Si j’avais su ! A première vue, ils n’avaient rien de bizarre. Ils me demandent du marc de raisin. Je leur en donne et des pois chiches grillés. Ils mangent. Ils boivent.

 

– Remets-nous ça, tavernier !

Je leur remets ça.

– Encore ! Encore ! criaient-ils.

 

Que faire ? Je les ressers encore et encore. Bientôt ils sont ronds comme des barriques. Y’en a un qui se met à jouer du pistolet et pan ! Dans le plafond. Un second l’imite et pan ! Dans mon fût d’eau-de-vie et puis tout le monde tire dans tous les sens, pan ! pan ! pan ! Les futailles sont des passoires. La taverne est inondée d’alcools. Moi je m’arrache les cheveux et eux se trémoussent comme des danseuses arabes, pataugent et se vautrent dans le marc et l’arak.

 

– Je suis ruiné ! Vous m’avez ruiné !

– Tais-toi donc ! Ça va péter des flammes ce soir ! bafouille un bougre d’idiot dans l’ivresse en déchargeant son pistolet sur un baril de souffre.

 

Ce fut le coup de grâce ! La taverne s’enflamma comme une torche ; j’ai pas eu le temps de comprendre. Heureusement que j’étais près de la porte, j’ai pu bondir dehors sinon j’aurais cuit comme un poulet moi aussi. Ils l’ont cherché ce qui leur est arrivé mais moi qui n’y suis pour rien, tu peux me dire pourquoi j’ai perdu tous mes biens ?

 

Qu’aurait pu dire ce pauvre Andonis. Il était tout retourné ; incapable d’articuler deux mots. « Je l’ai échappé belle », pensait-il. « Pour le prix d’un écu. Il avait raison le vieil homme quand il disait que le second conseil valait mieux que le premier. » Chemin faisant, il finit par arriver chez lui. La nuit était tombée, obscure, et sa femme ne le reconnut pas. « Ne sois pas trop pressé de te dévoiler Andonis. Tu es parti depuis si longtemps. Voyons d’abord ce qui s’est passé pendant ton absence », pensa-t-il.

 

– Je suis de passage, brave femme. Donne-moi où dormir ce soir. Et il lui mit deux pièces d’or dans la main.

 

– Je suis désolée mais je ne peux pas te mettre dans la maison. Par contre, tu peux dormir dans le cellier. Et puis reprends tes écus, on ne fait pas payer les passants par chez nous.

 

Elle lui apporta une assiette de soupe bien chaude et deux couvertures. Ensuite elle rentra chez elle et verrouilla sa porte. Quelques instants plus tard, Andonis vit un homme pénétrer dans la maison. Son sang ne fit qu’un tour. « Ah ! La femme volage ! Elle m’a oublié. Elle a pris un autre homme ! Et moi, l’éxilé, qui trimait comme un esclave. Je vais la tuer ! Je vais les tuer tous les deux ! Il dégaina son pistolet prêt à défoncer la porte quand il se souvint du troisième conseil.

« Oublie ta colère du soir jusqu’au matin. »

Il se reprit un court instant mais il enrageait à gros bouillons.

 

– Non ! Tout de suite ! Pourquoi attendre demain matin ? Ça change quoi ?

 

Et puis il hésita une seconde fois.

 

– Attendons, après tout. Histoire de dire que je n’ai pas donné un écu pour rien.

 

Il se recoucha mais, aussitôt, se remit à vociférer :

– Je vais leur régler leur compte ! Les scélérats !

 

Et il bondit hors du lit. Mais là encore, lui revinrent à l’esprit les paroles du vieillard qui lui disait que le troisième conseil était plus précieux que le second et il décida finalement de ne les tuer qu’au petit matin. Il était si agité qu’il eut du mal à s’endormir. Il fut réveillé par des va et vient au-dessus de sa tête. Il sentit la colère l’envahir à nouveau. « Et puis qu’ils aillent au diable ! » se dit-il en sortant du cellier, bien décidé à laisser tout cela derrière lui quand il entendit une voix d’homme, là-haut, sur le seuil de la porte.

 

– A ce soir maman. Je ne serai pas long.

 

Le pauvre Andonis resta cloué sur place. Réalisant enfin ce qu’il était à deux doigts de faire, il se frappa soudain le front.

 

– Quand je pense que j’allais tuer ma femme et mon fils !

 

Il courut vers eux, les serra dans ses bras. Ils s’embrassèrent longtemps en versant des larmes de joie. Après quoi Andonis les fit entrer dans la maison et, sous leur regard ébahi, il vida ses poches sur la table.

 

– C’est bien beau les pièces d’or mais les bons conseils valent plus encore. J’en ai appris trois et ce dernier est, de loin, le plus précieux de tous. « Oublie ta colère du soir jusqu’au matin. »

Et notre Andonis, fou de bonheur, les embrassa à perdre haleine.


Excerpted from "Les Plus Beaux Contes de Grèce ii" by Menelaos Stephanides
Copyright © by Dimitris Stefanidis. All rights reserved.
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