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Les Plus Beaux Contes de Grèce I

(French)

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Deux tomes, douze contes, soigneusement choisis parmi le trésor de la tradition grecque, des pages qui font vivre nymphes, sorcières, dragons, animaux fabuleux, à travers quantités d’aventures pleines d’ héroïsmes, d’ amours et de faiblesses humaines. Ces histoires fantastiques qui se déroulent sur toile de fond méditerranéenne, ont pour décor la terre de Grèce, sa lumière, ses arômes, ses accents riches et variés. Elles sont arrivées jusqu’ à nous par la voix du récit et charment encore les oreilles des petits et des grands comme à l’ époque où elles mettaient du merveilleux lors des longues soirées d’ hiver et des veillées étoilées des douces nuits d’ été. A la fin de chaque tome se trouve incorporé un conte poétique, deux exemples caractéristiques de la poésie populaire grecque. Le texte de ces ouvrages est enrichi des talentueuses illustrations à l’ encre de Chine de Photini Stéphanidi.

Les Plus Beaux Contes de Grèce I

 

Retold by Menelaos Stephanides
Illustrated by Fotini Stefanidi
Translation: Armelle Vigy
192 pages, paperback, pocket size 16,5 x 11,5 cm

Ages: 12 and up

ISBN-10: 9604250930, ISBN-13: 9789604250936

 

LA BELLE MARMORÉENNE

 

l était une fois un couple d’une grande pauvreté qui n’avait qu’un enfant. Mais quel enfant ! Une âme noble, généreuse, d’une grande bravoure. Un enfant qui en valait dix à lui tout seul !

 

Leur fortune se résumait à un petit pré aride où ils menaient paître leurs bêtes, c’est-à-dire deux pauvres vaches qui ne pouvaient donner que bien peu de lait.

 

Comment dans ses conditions ne pas vivre une vie faite de misère et de privation ?

 

Ils auraient pu pourtant avoir une existence meilleure si seulement leurs vaches avaient eu la liberté de brouter dans le grand pré voisin où l’herbe était toujours grasse et abondante. Aucun animal n’y pâturait jamais.

 

– Père, pourquoi on ne met pas nos vaches dans le champ d’à côté ?

 

– Parce que, mon enfant, il appartient au Géant du Dragon qui ne pense qu’à faire du mal.

 

Le jeune garçon n’arrivait pas à comprendre pourquoi tant d’herbe qui ne servait à personne ne pouvait faire le bonheur d’un pauvre fermier.

 

« C’est injuste », se disait-il.

 

Il n’y avait pas de meilleurs gens que ses parents. Lui aussi était comme ça, juste et bon et, qui plus est, suffisamment téméraire pour affronter le Géant du Dragon.

 

– Ecoute père, je suis d’avis de mener nos vaches au champ du Géant, dit-il un jour.

 

– Qu’est ce que tu racontes, mon garçon. Ne sais-tu pas qu’il n’attend que ça pour détruire notre maison et s’emparer de notre pré comme il l’a fait avec tous ses voisins ?

 

– Nous ne pouvons pas le laisser faire, père, nous devons nous battre.

 

– Mon Dieu, cet enfant a perdu la tête, se désolait le pauvre homme.

 

Et pour être sûr qu’il n’arriverait aucun malheur, il tenait à accompagner lui-même ses vaches en veillant bien à ce qu’elles ne débordent pas sur le champ du Géant.

 

Le jeune garçon, âgé de quinze ans, n’avait qu’une seule ambition : s’opposer au Géant du Dragon. Ne plus le laisser nuire. Mais comment faire ? Son père ne le laissait s’occuper des vaches sous aucun prétexte.

 

Vint un jour pourtant où le fermier tomba malade et dut garder le lit. Il n’avait désormais plus d’autre solution que d’envoyer son fils au pré avec les deux bêtes.

 

– Fais bien attention. Ne les laisse surtout pas entrer dans le champ du Géant sinon on est perdu. »

 

– Ne t’inquiète pas, je ne les laisserai pas, promit l’adolescent qui ne voulait pas contrarier le pauvre homme déjà malade.

 

Il tint parole, tous les jours, jusqu’à ce que son père fût remis sur pied et continue finalement à lui confier les vaches. Et puis, un soir, il ramena des bêtes avec une panse énorme.

 

– Qu’est-ce qu’elles ont mangé pour avoir un ventre pareil, s’étonna le père quand soudain il soupçonna le pire :

 

– Dis donc, tu ne les aurais pas laissées brouter l’herbe du Géant du Dragon par hasard ?

 

– Oui, c’est ce que j’ai fait et c’est ce que je vais faire tous les jours.

 

Le pauvre fermier n’en croyait pas ses oreilles.

 

– Qu’espères-tu ? Avoir le dessus avec un tel dragon ? Tu ne vois pas qu’on court tout droit à notre perte ? »

 

– Je ne le laisserai pas nous faire plus de mal, père. Cette situation doit cesser. C’est à lui à se faire du souci maintenant.

 

« Notre enfant a perdu la raison pour de bon cette fois », se lamenta l’infortuné paysan. « Il est vrai que ce n’est pas une vie. Après tout, si le malheur doit arriver … un peu plus tôt, un peu plus tard, ça ne change rien. »

 

Le lendemain donc, le brave garçon mena les vaches au champ du Géant et qui voit-il ? Le Géant du Dragon en personne.

 

– Qu’est-ce que tu fais ici, ver de terre ? dit-il de sa voix rauque et agressive.

 

– Je fais paître mes vaches là où il y a de l’herbe.

 

– Sais-tu à qui appartient ce champ ?

 

–  Oui, je le sais. Mais pourquoi ne pas y mettre mes vaches puisque de toute façon il ne sert à personne.

 

– Sais-tu bien à qui tu parles de la sorte ?

 

– Tu es le Géant du Dragon, celui qui ne donnerait même pas une goutte d’eau à son ange gardien mais tu m’fais pas peur !

 

– J’te fais pas peur ?

 

– Non pas du tout !

 

– Belle audace ! Eh bien, puisque je ne te fais pas peur, viens donc avec moi ! Viens voir où j’habite et on en reparlera !

 

– Allons-y !

 

Après une longue marche à travers champs, l’immense domaine du Dragon, ils arrivèrent devant un château fort aussi haut que large, gigantesque.

 

– Voilà, on y est ! déclara le Dragon avec orgueil alors que les gardes ouvraient toute grande la lourde porte de fer qui donnait sur une vaste cour. Derrière une grille qui la séparait en deux, se trouvaient enfermés une foule d’animaux ; des chats, des chiens, des loups même et des lions.

 

– Qu’est-ce qu’ils font là tous ces animaux ? demanda le petit bouvier.

 

– Ça n’te regarde pas pour le moment. Tu l’sauras bien assez vite quand tu iras leur tenir compagnie.

 

Ils pénétrèrent plus avant dans le château.

 

– Tu veux visiter, voir toutes les pièces, pour avoir une idée de ma valeur ? Va, fais le tour du propriétaire mais ne cherche pas à tirer profit de quoi que ce soit sinon il t’arrivera ce qui est arrivé aux autres.

 

– Oui, je veux voir toutes les pièces et il ne m’arrivera rien du tout.

 

– Très bien, alors prends ces clefs et tu pourras les ouvrir une à une. Il lui présenta un trousseau de quarante clefs.

 

– Regarde-les tranquillement, prends tout ton temps, lui dit-il railleur, avant de le laisser seul avec lui-même.

 

Le jeune bouvier ouvre la première porte et ne voit rien d’autre dans la pièce qu’une paire de babouches. Il les enfile et se sent aussitôt léger comme une plume, sautant jusqu’au plafond sans le moindre effort. S’il était dehors, il pourrait facilement passer d’une berge à l’autre du fleuve le plus large qui soit.

 

« Ne cherche pas à tirer profit de quoi que ce soit »  lui disait le Dragon.

 

« Et bien moi, je vais tirer profit de tout ! » et il met les babouches dans son sac.

 

En entrant dans la deuxième pièce il aperçoit une épée de petite taille posée sur une table ronde coupée dans une grosse souche. Il la tire de son fourreau et la pointe sur le tronc qui se scinde en deux instantanément.

 

« Tiens, ça aussi c’est magique » se dit-il en fourrant l’épée dans son sac.

 

En ouvrant la troisième porte, il ne trouve qu’un simple béret. Il le met sur la tête et devient aussitôt invisible ; il l’ôte et retrouve sa forme normale.

 

« Pas mal ça non plus », et va pour le béret.

 

La pièce suivante était remplie d’écus d’or, la cinquième de diamants, la sixième de perles fines et ainsi de suite jusqu’à la trente-huitième. Le jeune garçon bien qu’ébloui par tant de richesses et tant de trésors n’en prit rien pour autant.

 

« Ce que j’ai me suffit », pensa t-il.

 

Il lui restait encore deux pièces à visiter. Il entre dans l’avant dernière et que voit-il ? Sur un lit superbement sculpté est allongée une non moins superbe jeune fille, un ange. A première vue, elle semble dormir mais il se rend vite compte qu’elle a été pétrifiée. Elle ressemblait à une statue de marbre. Le cœur de l’adolescent se mit à battre la chamade devant cette beauté mais il battait aussi de colère et d’indignation contre le Géant du Dragon qui lui avait fait ce mal.

 

« Il faut que je la délivre mais comment ? La solution se cache peut-être dans la dernière pièce. Parce que si le Géant m’a tendu un piège c’est là qu’il mettra son plan à exécution. Si je sors vainqueur de cette aventure, quel bonheur ! Tout ira bien. Je libèrerai la belle marmoréenne et si elle veut de moi, je l’épouserai ! »

 

C’est donc avec une extrême précaution qu’il ouvrit l’ultime porte. Une femme s’avança vers lui, le sourire aux lèvres. Elle était grande et imposante avec de longs sourcils courbes entourant d’immenses yeux noirs de geais. Elle avait un de ces mentons volontaires qui expriment la force et la fierté. Au fond de la pièce qui était d’ailleurs aussi grande qu’une salle de bal, se tenait haut perché sur son trône, le Géant du Dragon en personne.

 

La femme, ni jeune ni vieille, plutôt sans âge, tenait une baguette entre les mains. Sans prononcer une seule parole, d’un simple geste, elle invita l’adolescent à entrer dans la pièce. Mais lui, comprenant aussitôt qu’il avait affaire à une magicienne, ne s’avança que de deux petits pas. Elle en fit autant puis, avec un gracieux sourire, elle allongea le bras dans l’intention de le toucher du bout de sa baguette magique.

 

Dans un mouvement éclair, le petit bouvier attrapa la badine et la cassa en deux. Le tour était joué, il n’en fallut pas plus !

 

La sorcière poussa un cri où se mêlait à la fois l’effroi et le désespoir. Mais le pire fut lorsque le Géant dégringola, tête la première, de son perchoir.

 

Le coup fut fatal.

 

Le bouvier au grand cœur, trouva assez de mansuétude pour porter secours à cet être sans compassion pendant que la sorcière, qui avait perdu toute sa superbe, se tenait ratatinée dans un coin de la pièce.

 

– Je n’ai pas besoin d’aide, murmura le Géant. C’est la fin, je le sens bien. Je suis vaincu et toi tu es sauvé. Tu n’as pas été réduit à l’état d’animal comme tous ces hommes que tu as vus dans la cour. A partir de maintenant mon château t’appartient avec toutes ses richesses, ses gardes et ses domestiques. Tu es en possession des quarante clefs. La dernière ouvre également la porte qui donne sur l’extérieur. Je voulais te faire du tort mais maintenant je veux t’aider. Dans la cour, derrière, tu verras un cheval ailé de couleur blanche. Il vole bien sûr, mais en plus il parle et surtout il connaît l’avenir. Deviens son ami et il t’aidera au-delà de ce que tu peux imaginer. N’oublie pas de te servir des babouches pour sauter, de l’épée pour couper ce qui ne se coupe pas et du béret pour devenir invisible. Tu as vu la belle marmoréenne. Elle est si belle ! C’est la fille d’un seigneur. Je l’ai enlevée car je désirai en faire ma femme mais sans que je sache pourquoi elle n’a jamais voulu de moi. Elle refusait même de me voir. Moi je pensais qu’à force de patience je réussirai à gagner son cœur. L’amour que je lui portais a éveillé la jalousie de cette sorcière envieuse qui s’est vengée en la transformant en statue de marbre. Attrape-la maintenant et force-la à désensorceler la belle marmoréenne ainsi que ces pauvres hommes métamorphosés en animaux.

 

La sorcière, qui entendait tout ce que disait le Géant du Dragon, s’enfuit à toutes jambes. Le brave bouvier la prit en chasse sur-le-champ sans parvenir pourtant à lui mettre le grappin dessus ; elle s’était déjà évaporée. Seule sa voix résonna dans les nuages :

 

« Je serai à la Tour Rouge que tu ne pourras jamais trouver et même si tu le pouvais, tu serais perdu. »

 

Il retourna au plus vite auprès du Géant qu’il trouva entouré de tous ses gardes et de tous ses domestiques. Ils avaient accouru et tenté d’aider leur maître mais trop tard, le Géant du Dragon avait succombé.

 

Ils se tournèrent alors vers l’adolescent :

 

– Nous sommes à ton service, nouveau maître !

 

Mais le nouveau maître n’avait pas de temps à perdre. Il partit en trombe trouver le cheval ailé dans l’arrière cour. L’animal le reçut avec un hennissement peu amical. Alors le bouvier se mit à lui caresser le cou et à lui parler comme à un humain :

 

– Je veux délivrer la belle marmoréenne. Je veux aussi délivrer les hommes enfermés dans la cour à l’état d’animal. Tu dois m’aider à trouver la sorcière responsable de tout ce mal. Elle s’est réfugiée à la Tour Rouge. Si tu connais l’endroit et si tu veux servir une bonne cause, emmène-moi.

 

Le cheval, cette fois, hennit de bonne grâce et dit à son tour :

 

– Je suis la seule créature au monde qui sache où se situe la Tour Rouge. Grimpe sur mon dos ; je vais t’y emmener car je vois que tes intentions sont bonnes. Ne va pas croire qu’il soit facile d’attraper cette sorcière et de la soumettre. Dans l’écurie, sur une étagère, tu trouveras un petit miroir, un canif et un carré de tissu ; prends-les, tu en auras besoin, ils sont magiques.

 

Et il lui expliqua en détail comment ils pourraient lui être utiles. L’adolescent prit les objets en question puis enfourcha sa monture qui s’élança dans le ciel, à tire d’ailes.

 

Ils volaient depuis un bon moment lorsqu’ils rencontrèrent un nuage bleu.

 

– Qu’est ce que c’est qu’ce drôle de nuage ? demanda le jeune bouvier.

 

– Ce n’est pas un nuage. C’est le paladin des mers. Viens faire sa connaissance.

 

– Bien le bonjour, paladin.

 

– Bienvenue, mon ami. Toi et moi sommes deux preux gaillards mais à dire vrai, nous ne sommes rien à côté de celui qui a vaincu le Géant du Dragon.

 

– Et si tu avais l’occasion de le connaître, que voudrais-tu qu’il soit pour toi ?

 

– Mon frère !

 

– Et bien soyons frères car c’est moi ce gaillard !

 

Ils se donnèrent l’accolade, s’embrassèrent, mêlèrent leurs sangs pour devenir frères puis firent route ensemble.

 

Bientôt ils aperçurent une ville ; il y avait beaucoup de monde sur la place centrale. Le roi était là également avec ses douze conseillers. Tous avaient le visage triste, rassemblés qu’ils étaient autour du Marbre Hanté, une pierre immense qu’une ronde de six hommes ne suffisait pas à encercler.

 

Ils priaient Dieu de couper le marbre en deux. La seule solution, croyaient-ils, pour que le malheur disparût à jamais de la région. Mais Dieu avait d’autres soucis et le marbre était si dur que tous ceux qui tentaient de le couper ou de le casser ne réussissaient même pas à l’érafler.

 

Le petit bouvier s’approcha de la pierre et y lut cette inscription :

Abondante richesse le peuple recevra
De l’épée de celui qui en plein cœur me fendra.

 

Il tira alors de son fourreau sa lame magique, frappa le bloc de marbre qui s’ouvrit en deux et soudain : le miracle ! Des milliers de pièces d’or se déversèrent dans toute la ville ! Il y en avait assez pour que chacun en ramassât à satiété et qu’il en restât encore autant pour sa Majesté.

 

On louait le héros à qui mieux-mieux jusqu’au roi qui lui dit :

 

– Tu as fait grand bien à mon peuple et à moi-même et il n’est pas immérité de te donner ma fille en mariage.

 

– Merci, mon seigneur, mais accorde plutôt la main de ta fille à mon frère, le brillant paladin des mers, qui en est plus digne que moi car je ne suis pas libre.

 

Le roi accepta et le paladin des mers épousa la belle princesse.

 

Avant qu’ils ne se séparent, le jeune bouvier sortit de son sac le petit miroir qu’il avait pris dans l’étable et le tendit à son frère.

 

– Tiens, prends ce miroir. Si la surface devient opaque cela voudra dire que j’ai besoin de toi. Il faudra courir à mon secours.

 

Sur ce, il regagna les sphères célestes sur le dos de son cheval ailé en direction de la Tour Rouge.

 

– Tiens, encore un nuage bizarre.

 

– Ce n’est pas un nuage, répondit le cheval. C’est le paladin des continents. Viens faire sa connaissance.

 

– Bien le bonjour, paladin.

 

– Bienvenue, mon ami. Toi et moi sommes deux preux gaillards mais à dire vrai, nous ne sommes rien à côté de celui qui a vaincu le Géant du Dragon et a fendu d’un coup d’épée le Marbre Hanté.

 

– Et si tu avais l’occasion de le connaître, que voudrais-tu qu’il soit pour toi ?

 

– Mon frère !

 

– Et bien soyons frères car c’est moi ce gaillard !

 

Ils se donnèrent l’accolade, s’embrassèrent, mêlèrent leurs sangs pour devenir frères puis firent route ensemble.

 

Ils survolèrent bientôt une grande cité que traversait un large fleuve.

 

– Tu vois, ça c’est le Fleuve Maudit, commença à lui raconter le cheval. On l’appelle ainsi car à maintes reprises il sort de son lit et provoque de grandes catastrophes. Pour mettre un terme à cette malédiction le fleuve doit changer de cours et il ne peut le faire que si quelqu’un réussit à sauter d’une rive à l’autre. Comme tu le vois, c’est impossible. »

 

Au même moment, des crieurs publics proclamaient que le roi donnerait sa fille à qui sauverait la ville du Fleuve Maudit.

 

– Allons-y, dit l’adolescent.

 

– Dépose-moi là, près du palais.

 

Une fois sur place, il descendit de cheval et se rendit directement chez le roi.

 

– Longue vie à toi, Majesté. Je viens te dire que je peux traverser le fleuve d’un seul bond.

 

– Cela m’étonnerait beaucoup mais je veux quand même que tu essayes. Si tu réussis, non seulement je te donnerai ma fille mais je te laisserai également le trône.

 

Le roi et sa suite se rassemblèrent sur les berges du fleuve avec le secret espoir d’assister à un miracle. Le petit bouvier chaussa ses babouches magiques et sans même prendre d’élan le voilà qui, d’un bond, sauta d’une rive à l’autre. C’est alors que s’accomplit un second miracle. Le cours d’eau se mit à bouillonner furieusement, à écumer comme un enragé dans tous les sens pour inverser sa course. Soudain, il tourna le dos à la mer pour couler dans la direction opposée. Ses eaux se mirent à monter, monter encore et enfler tellement qu’il finit par enjamber la montagne. Il dévalait la pente en un débit torrentiel. Sa fougue eut vite raison de la roche qui s’effondra sur son passage, lui façonnant un gouffre profond. Ses eaux assagies arrosaient désormais toute une vallée depuis des lustres, stérile et assoiffée.

 

De maudit, le fleuve était devenu béni.

 

Au comble de la joie, le roi embrassa le jeune homme.

 

– Tu as bien mérité ma fille et mon royaume.

 

– Je ne peux accepter, mon seigneur, dit-il en pensant à la belle marmoréenne. Mais donne plutôt la main de ta fille à mon frère, le paladin des continents ; il en est plus digne que moi.

 

Il en fut ainsi puis vint le moment où les deux frères durent se séparer.

 

– Mon frère, dit le petit bouvier, garde ce canif ouvert avec toi, tel qu’il est. Si un jour tu vois qu’il se ferme cela voudra dire que j’ai besoin de toi et tu devras me rejoindre très vite où que je sois.

 

Sur cet adieu, il reprit sa monture et poursuivit son voyage vers la Tour Rouge dans l’intention d’attraper la sorcière quand soudain surgit devant eux un nuage ardent.

 

– Ce n’est pas un nuage. C’est le paladin du ciel, le fils du soleil. Allons à sa rencontre.

 

– Bien le bonjour, paladin.

 

– Bienvenue, mon ami. Toi et moi sommes deux preux gaillards mais à dire vrai, nous ne sommes rien à côté de celui qui a vaincu le Géant du Dragon, qui a fendu d’un coup d’épée le Marbre Hanté et qui d’un bond a traversé le Fleuve Maudit.

 

– Et si tu le rencontrais, que voudrais-tu qu’il soit pour toi ?

 

– Mon frère !

 

– Et bien soyons frères car c’est moi ce gaillard !

 

Ils se donnèrent l’accolade, s’embrassèrent, mêlèrent leurs sangs pour devenir frères puis firent route ensemble.

 

En chemin ils aperçurent une cité d’importance et s’y arrêtèrent. Ils apprirent que le roi était rongé d’inquiétude au sujet de sa fille. En effet, tous les soirs, elle allait se coucher normalement puis elle disparaissait toute la nuit sans que personne ne sût ce qu’il advenait d’elle. Tout ce que l’on savait c’est qu’elle rentrait complètement perdue dans ses rêveries. Le roi l’avait fait suivre à plus d’une reprise mais elle réussissait toujours à échapper à ses guetteurs. A bout de ressources, il finit par faire savoir qu’il donnerait sa fille à celui qui découvrirait le fin mot de l’histoire. Le petit bouvier se rendit donc au palais.

 

– Moi, Majesté, je vais éclaircir ce mystère.

 

– Tu n’es pas le premier à me le dire. J’en ai cru beaucoup d’autres avant toi. S’ils me demandaient des renforts, je leur en donnais autant qu’ils voulaient mais sans résultat, jamais. Dis-moi quand même de quoi tu as besoin pour essayer à ton tour.

 

– Je n’ai besoin de rien. Laisse-moi seulement dormir dans sa chambre.

 

On rajouta un lit dans la chambre de la jeune fille et le jeune garçon s’y glissa pour dormir. La princesse se mit à le railler :

 

– C’est toi le gros malin qui va découvrir où je passe mes nuits ?

 

– Oui, et je vais le savoir.

 

– Hé bien sache que je ne vais nulle part. C’est dans leur imagination que ça se passe.

 

– Ha ! Tant mieux, parce que j’ai une de ces envies de dormir, répliqua t-il en baillant.

 

La jeune fille se coucha également et le petit bouvier se mit bientôt à ronfler de façon si naturelle qu’on eût vraiment dit qu’il dormait. La princesse crut à la supercherie. Elle se leva, s’habilla et partit sur la pointe des pieds. Le bouvier sauta du lit, mit son béret magique, devint aussitôt invisible et lui emboîta le pas.

 

Ils arrivèrent dans une clairière enchanteresse. Des astres par milliers y répandaient une lumière aussi étrange que brillante. De gracieuses nymphes chantaient, dansaient, légères et aériennes, quasi évanescentes. Dès que la jeune princesse se montra, une nymphe s’empressa vers elle, virevoltante, vive et agile, afin de lui passer un collier de perles autour du cou mais elle fit un geste maladroit et le collier lui tomba des mains. D’un bond éclair le petit bouvier s’en empara. Les nymphes avaient beau chercher partout, il restait introuvable alors on lui en apporta un autre et toutes les demoiselles se mirent à danser.

 

Quand le jeune homme vit la princesse tourner sur elle-même, bras tendus, il eut l’idée soudaine de lui prendre sa bague et hop ! C’était fait.

 

« Ma bague ! J’ai perdu ma précieuse bague ! » s’alarmait la jeune fille très tourmentée.

 

Tout le monde chercha mais personne ne trouva la précieuse bague. Pendant ce temps-là, le petit bouvier s’en était retourné au palais où il dormait, cette fois, pour de bon.

 

La jeune fille, quant à elle, ne rentra qu’à l’aube. Elle eut un petit sourire moqueur en voyant le gaillard qui devait découvrir où elle passait ses nuits, complètement abandonné aux bras de Morphée.

 

Au saut du lit, le bouvier se rendit tout droit chez le roi.

 

« Je sais où ta fille passe ses nuits mais je ne le dévoilerai qu’en sa présence. »

 

On fit donc venir la princesse.

 

« Hier soir, alors que nous étions couchés, je me suis mis à ronfler et ta fille, croyant que je dormais, s’est levée, s’est habillée et a quitté la chambre.

 

– C’est pas vrai, père !

 

– Je l’ai donc prise en filature. Ça, pourquoi elle ne s’en est pas aperçue, ne me le demandez pas. Quoiqu’il en soit, je peux prouver ce que j’affirme. Nous avons marché un long moment, elle en tête et moi derrière, bien sûr, avant de déboucher, au cœur du bois, sur une clairière enchanteresse qu’éclairaient des milliers, que dis-je, des millions d’étoiles.

 

– C’est un incroyable menteur, père ! Ne l’écoutez pas !

 

– Dans cette clairière, comme je le disais, des néréides, belles comme le jour dans leurs robes d’une légèreté arachnéenne, dansaient en laissant flotter au vent de longs voiles tissés, eux aussi, de fil d’araignée. Certaines chantaient mais elles restaient invisibles. La princesse allait se mettre à danser, elle aussi, quand une nymphe s’empressa de lui passer un collier de perles autour du cou. Malheureusement il lui échappa des mains ce qui m’a permis de le subtiliser sans être vu.

 

– Mais comment, père, pouvez-vous écouter de telles affabulations !

 

– Tiens, le collier de perles ! Tu ne le reconnais pas peut-être ?

 

La princesse perdit toute contenance.

 

– Bien sûr que non, nia-t-elle visiblement très troublée.

 

– Très bien, je continue. Donc, ne trouvant plus le collier, les nymphes en apportèrent un autre et ta fille entra dans la danse. C’est à ce moment là que j’ai pu, toujours sans être vu, lui enlever la bague que voilà. Tout le monde ici la reconnaîtra, je pense.

 

Cette fois, la princesse resta interdite. Soudain elle se frappa le front comme une désespérée. Elle semblait alors sortir d’un profond sommeil comme si elle émergeait d’un monde de rêves pour revenir à la réalité. C’est qu’à cet instant même venait de se dissiper le maléfice sous lequel une mauvaise sorcière la tenait.

 

Elle ressentit une profonde délivrance et fondit en larmes en demandant pardon à ses parents.

 

– Tu ne dois pas pleurer ma fille, au contraire, tu dois être heureuse d’être guérie d’un mal aussi grave. Vois ce brave garçon qui t’a sauvée, c’est lui que tu dois épouser.

 

– Pardonne-moi, Majesté, mais je ne peux pas accepter. Ta fille, marie-la à mon frère, le paladin du ciel, il en est plus digne que moi.

 

Et il en fut ainsi.

 

Le moment de la séparation étant venu, il tendit à son frère son carré de tissu magique.

 

– Prend ce carré, mon frère. Si tu vois qu’il se tâche de sang, vole à ma rencontre car j’aurai besoin de toi.

 

Ils se dirent adieu puis il enfourcha sa monture ailée et ensemble, une fois de plus, ils regagnèrent la voûte céleste.

 

– Emmène-moi maintenant, mon bon cheval, jusqu’à la tour de la sorcière. Il faut qu’on l’attrape et qu’on la force à délier le sortilège qui pèse sur la belle marmoréenne et sur ces pauvres hommes qu’elle a réduits à l’état d’animal.

 

Avec docilité, l’animal de rêve fila à tire d’aile vers la Tour Rouge qui se profilait maintenant à l’horizon brumeux. Lorsqu’ils l’atteignirent enfin, le petit bouvier fut frappé d’étonnement à la vue de cette tour colossale dont les créneaux jouaient à cache-cache avec les nuages. Elle était entourée d’un mur immense, construit de blocs de pierre que seuls des cyclopes auraient pu soulever. La porte d’entrée se constituait de deux gigantesques battants de fer hérissés d’une multitude de pointes qui interdisaient à quiconque de s’en approcher.

 

Mais pour le cheval féerique du petit bouvier, la question de savoir comment il entrerait dans la tour ne se posait même pas. Ils survolèrent l’enceinte, passèrent au-dessus de la tête des gardes et aperçurent dans la cour de la tour une multitude d’animaux. Le jeune garçon comprit qu’il s’agissait d’hommes métamorphosés et que si son plan échouait, le même sort l’attendait.

 

– Tiens, mon bon cheval, dépose-moi là sur cette terrasse où il y a des portes ouvertes.

 

Le cheval ailé s’exécuta avec vélocité et l’audacieux bouvier mit pied à terre. Armé de son épée magique, il pénétra dans la tour. Il ne tarda pas à trouver la terrible sorcière qui se balançait nonchalamment dans son rocking-chair. Saisie d’effroi, elle bondit de sa chaise comme un ressort à la vue de l’intrus.

 

– Pas un geste, ordonna le petit bouvier, petit de taille mais grand d’âme. Et maintenant, tu vas faire ce que je te dis. Tu n’es pas sans savoir que l’épée que je tiens est celle qui a fendu le Marbre Hanté ?

 

La sorcière baissa la tête en signe de résignation.

 

– Je ferai ce que tu voudras.

 

– Bravo. Allons d’abord délivrer ces pauvres hommes que tu séquestres à l’état d’animal.

 

Ils descendirent dans la cour et l’ensorceleuse, d’une formule magique, les ramena à leur forme humaine.

 

– Maintenant, dis à tes gardes d’ouvrir les portes, qu’ils reprennent leur liberté.

 

Que pouvait-elle faire d’autre à part obtempérer ?

 

– Allons, vite, retournons au cheval.

 

Rapidement rendus sur la terrasse de la tour, le petit bouvier installa la sorcière sur le dos de l’animal avant d’y prendre place lui-même.

 

– Mon bon cheval, l’heure est venue de nous ramener au château du Géant du Dragon.

 

En deux trois battements d’ailes ils étaient déjà haut dans le ciel mais le voyage qui s’annonçait était très long. Après de nombreuses heures de chevauchée volante ils durent s’arrêter pour se reposer, boire et manger.

 

Etait-ce la malchance ? L’homme qui régnait sur la ville où ils descendirent se trouvait être un ami de la méchante fée. Après avoir mis le petit bouvier en confiance, il lui subtilisa son épée magique et la dissimula Dieu sait où ? L’ensorceleuse disparut également de la circulation.

 

« Ah ! Non. » Tout se déroulait pour le mieux et soudain tout s’écroulait. Est-ce à dire que la belle marmoréenne giserait ainsi, pétrifiée pour l’éternité au château du Géant du Dragon ? Et ces pauvres hommes, leur sort d’animal en cage était-il scellé à tout jamais lui aussi ?

 

« Non, non et non ! » Ce n’est pas possible. Mais comment faire à présent se demandait le bouvier lorsqu’il pensa à ses frères.

 

« Si seulement ils pouvaient deviner à quel point j’ai besoin d’eux. » Sa pensée était si intense que le miroir du paladin des mers s’embua, le canif du paladin des continents se replia et le bout d’étoffe du paladin du ciel se tacha de sang. Tous trois comprirent que leur frère réclamait leur aide et tous trois, d’aussi loin qu’ils furent, enfourchèrent leur nuage et se rendirent au plus vite là où le devoir les appelait.

 

– Qu’est-ce qu’il t’arrive, bien cher frère ? Quel est ton tourment ?

 

– On m’a pris mon épée et la sorcière a disparu. Si je ne les retrouve pas tous les deux, ni la belle marmoréenne ne reviendra à la vie, ni les animaux du Géant du Dragon ne reviendront à l’état d’homme.

 

Aussitôt, le paladin du ciel pria son père, le soleil, de darder ses rayons dans les moindres recoins de la terre et les plus profonds abysses de la mer.

 

Le paladin des continents, quant à lui, donna l’ordre à toute la faune, jusqu’aux plus petites fourmis, de fouiller chaque bout de campagne à la recherche de l’épée et de la sorcière.

 

Enfin, le paladin des mers donna le même ordre à toutes les créatures du monde marin.

 

Les bonnes nouvelles ne tardèrent pas à arriver. Un dauphin remonta l’épée du jeune bouvier du fond de l’océan et une toute petite fourmi dévoila la cachette de l’ensorceleuse. C’était dit, l’injustice ne passerait pas.

 

A nouveau en possession de son arme magique, le preux gaillard se rendit sur-le-champ à l’endroit indiqué par la petite fourmi. Il y débusqua la sorcière, l’empoigna par les cheveux et la jeta sur le dos du cheval qui les conduisit cette fois, d’une seule traite, au château du Géant du Dragon. La première chose qu’il fit en arrivant fut de l’obliger à désensorceler les animaux en cage. La méchante femme s’exécuta plutôt de mauvaise grâce que de bonne grâce mais s’exécuta et c’est le principal.

 

Enfin de retour à la normale, tous ces malchanceux explosèrent de joie, ne sachant comment montrer leur gratitude au petit bouvier qui les avait sauvés.

 

– Et maintenant, allons de ce pas dans la chambre de la belle marmoréenne !

 

– Tu es un valeureux garçon et je m’avoue vaincue. Mais regarde, je t’ai fait plaisir en délivrant tant et tant d’hommes ici et à la Tour Rouge que tu pourrais à ton tour m’accorder une faveur. C’est à cause de cette jeune fille si le Géant du Dragon ne m’a pas aimée alors tu comprends bien que j’aurai grande satisfaction à la savoir pétrifiée pour l’éternité.

 

Le bouvier tira l’épée.

 

– Dépêche-toi sinon tu es morte !

 

Ils se rendirent donc, sans autre délai, auprès de la belle marmoréenne. La magicienne tendit le bras droit et, l’index tremblant pointé sur la jeune fille, elle chuchota quelques paroles qu’elle seule pouvait connaître et comprendre.

 

La belle revenait à la vie. Ses paupières battaient sensiblement.

 

– Voilà qui est fait et maintenant qu’exiges-tu de moi ?

 

– Que tu disparaisses immédiatement et pour toujours. Allez, oust !

 

Et tandis que la sorcière se volatilisait, la jolie jeune fille retrouvait ses esprits. Elle avait ouvert les yeux à présent et promenait son regard à travers toute la pièce lorsqu’il se posa sur le remarquable jeune homme. Elle tenta de se redresser mais ce n’était pas chose facile. Il lui prit la main et l’aida à se relever.

 

– Quel interminable sommeil et si profond !

 

– Tu ne dormais pas. Une méchante fée t’avait pétrifiée.

 

– Ah ! Celle-là ! Oui, je m’en souviens. Mais elle ne va pas me laisser tranquille, elle va me refaire du mal. Et si ce n’est pas elle, ce sera le Géant du Dragon !

 

– Ne crains rien, le Géant du Dragon est mort.

 

– Et la sorcière vient de se noyer à l’instant dans le fleuve, ajoutèrent les trois frères du bouvier, tous trois debout dans l’encadrement de la porte.

 

– Et moi, qui m’a sauvée ?

 

Et comme si elle connaissait déjà la réponse, elle posa ses grands yeux sur le jeune, le beau, le généreux bouvier. Et lui, pour toute explication, la prit dans ses bras, la souleva, et lui donna le baiser de l’amour devant ses frères qui rayonnaient de joie.

 

Dès le lendemain, dans ce château qui leur appartenait désormais, on célébra un fastueux mariage. Les festivités durèrent neuf jours et neuf nuits. On pouvait y voir les parents du petit bouvier, les parents de la jeune fille qu’ils avaient crue perdue pour toujours. On pouvait y voir les frères du marié, ces valeureux paladins du ciel, des mers et des continents. On pouvait y voir tous ces hommes que la sorcière avait transformés en animal et moi qui, chaque soir, leur contais mes plus belles histoires.

 

Et je n’oublierai pas les gardes ni les domestiques qui couraient dans tous les sens, ne sachant plus où donner de la tête pour servir tout le monde dans la joie et la bonne humeur, heureux d’être enfin libérés du terrible Géant du Dragon et, pire encore, de l’horrible sorcière.

Entre vérité et fabulation
Les contes sont de belles inventions
Moi je ne crois pas à la magie
Je m’amuse et laisse voguer mon esprit.


Excerpted from "Les Plus Beaux Contes de Grèce i" by Menelaos Stephanides
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